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Odonymie : comment les noms viennent aux rues

 

Selon le degré de ruralité ou d’urbanisation des cités humaines, les éléments de voirie ont des types différents. On trouve ainsi des routes pour relier des villages, des rues pour regrouper les habitations d’un hameau, des places pour décrire des zones semi fermées, souvent à des croisements de rues, ou bien pour dégager un édifice remarquable. Des éléments de moindre importance, et souvent courts et peu larges, sont des rues en devenir : chemins, sentes, ruelles...

Toutes ces dénominations traduisent une certaine hiérarchie entre les lieux de circulation, bâtie au fil des siècles mais parfois remise en cause par l’urbanisation. Elles reflètent aussi une manière de vivre, village ramassé sur une particularité géographique ou au sein de fortifications circulaires, village-rue ou en étoile, etc..

La formation des noms des voies répond au besoin de situer ces constituants de l’aménagement urbain en levant des ambiguïtés mais aussi d’honorer des personnages illustres. D’autres cultures, comme aux Etats-Unis d’Amérique, ne s’en embarrassent pas et utilisent un quadrillage de rues et d’avenues, simplement numérotées.

Pour ordonner les tableaux de cette exposition sur Viroflay, nous suivrons le fil de treize groupes de dénominations qui, peu ou prou, se retrouvent dans d’autres villes, personnages illustres, événements, autres villes, toponymes... Cette classification est, bien sûr, arbitraire mais permet d’associer les noms des voies en petits ensembles d’une douzaine d’éléments.

Un peu d’histoire

L’étude de l’origine des noms de voies est l’odonymie, du grec odos chemin, onuma nom). Il est possible de distinguer plusieurs époques où l’on observe une typologie similaire des noms de rue sur le territoire français :

-  Moyen Âge : à la fin du XIIIe siècle, avec l’extension et le peuplement des villes comme Paris, la nécessité se fait sentir de distinguer les maisons les unes des autres. Les dénominations répondent à cette époque à une logique fonctionnelle. Le nom de la voie est celui du lieu qu’elle dessert, ce lieu étant religieux (« place de l’Église », « rue des Capucins ») ou civil (« place du marché », « rue des Bouchers », noms souvent en référence aux métiers qui sont regroupés dans une rue qui en prend le nom ou des « maisons où pend l’enseigne »), etc.

-  À partir de 1600, sur une idée du duc de Sully, les rues adoptent des noms n’ayant pas de rapport direct avec le lieu désigné, alors que leur dénomination devient progressivement un monopole public et royal : d’après le chercheur Dominique Badariotti, ce dernier « s’exerce dès lors tant bien que mal, fonctionnant mieux à Paris qu’en province et valorisant les puissants du royaume ou les notables régionaux » ;

-  Révolution française : la débaptisation est relativement courante, les instances révolutionnaires ne changeant pas seulement les noms des rues mais aussi des villes : des « rues de l’Égalité » ou des « places de la Nation » apparaissent dans la plupart des cités. Ainsi les mentions gravées sur les pierres d’angle sont martelées, les particules enlevées... ;

-  Premier Empire : déjà sous le Directoire, la débaptisation s’essouffle. Sous l’Empire le phénomène s’inverse et les « rues Saint-Antoine » ou « rues de l’Église » sont réintroduites. C’est aussi l’époque de l’apparition des noms de généraux, de maréchaux, et de victoires militaires dans les villes françaises : « rue de Wagram », « rue Ney », etc. ;

-  Fin du XIXe siècle : la guerre franco-prussienne de 1870 et l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne, incitent de nombreuses communes à exalter le patriotisme et à créer des boulevards et rues de Strasbourg, de Metz, d’Alsace-Lorraine, etc.

-  XXe siècle : l’éclectisme domine. Les courants principaux sont les personnages célèbres - majoritairement masculins -, les régions géographiques et les pays (« rue de Colmar », « rue du Japon », « rue de Brest », « rue des Pyrénnées », etc.) et enfin les références à la nature (« rue des Fleurs », « rue des Alouettes », etc.).

Exemples

En 2016, la liste des 200 noms de personnalités les plus donnés aux voies françaises (rues, boulevards, avenues, etc.) montre qu’il s’agit essentiellement des hommes de littérature et du monde politique loin devant ceux du monde scientifique et du monde militaire. Cette liste comprend en premier le général de Gaulle (incarnation de l’homme providentiel, héros de la Résistance, libérateur du pays et figure tutélaire de la Ve République) avec plus de 3 900 odonymes dont 1 056 places et 21 quais ; Louis Pasteur (archétype du savant qui contribue au progrès humain) avec 3 354 odonymes ; Victor Hugo (incarnation de l’écrivain total et engagé) avec 2 255 odonymes ; Jean Jaurès avec 2 370 odonymes et Jean Moulin avec 2 215 odonymes.

Plusieurs odonymes rappelant des dates importantes de l’histoire de France approchent ou dépassent également le millier d’occurrences, si on cumule les types de voies et les variantes orthographiques dont la mention du millésime ou pas ; entre autres : Dix-Neuf-Mars, Huit-Mai, Quatorze-Juillet, Quatre-Septembre, Onze-Novembre.


mise à jour 31 décembre 2020